Dakar – C’est un choc budgétaire dont le Sénégal se serait bien passé. Quelques mois après l’arrivée au pouvoir du président Bassirou Diomaye Faye et de son Premier ministre Ousmane Sonko, le pays découvre l’ampleur d’une dette cachée estimée à plus de 6 000 milliards de francs CFA (près de 6 000 millions d’euros), soit environ 119 % du PIB. Une révélation qui bouleverse les équilibres économiques et politiques.
Une « bombe » héritée du passé
Selon les nouvelles autorités, cette dette serait la conséquence de mauvaises gestions et de pratiques opaques sous les gouvernements précédents. Certains projets d’infrastructures auraient été engagés sans couverture budgétaire réelle, entraînant un endettement massif auprès de créanciers privés et institutionnels.
Ousmane Sonko n’a pas mâché ses mots, accusant l’ancien régime d’avoir « piégé l’avenir du pays ». L’opposition, elle, dénonce une instrumentalisation politique et demande un audit indépendant.
Un plan de redressement sans le FMI
Plutôt que de solliciter le Fonds monétaire international (FMI) ou les bailleurs traditionnels, le gouvernement a opté pour une stratégie jugée « souveraine » :
• Hausse de certaines taxes et impôts, notamment sur les produits de consommation importés ;
• Vente de terrains et d’actifs publics pour renflouer les caisses ;
• Émission de bons du Trésor à taux élevés, afin d’attirer l’épargne locale et la diaspora.
Mais cette politique d’austérité a un coût : l’inflation menace, les prix augmentent et les ménages déjà fragilisés expriment leur mécontentement.
La rue entre colère et inquiétude
Dans les marchés de Dakar comme dans les quartiers populaires, la grogne monte. « Tout est devenu cher, même le riz. On ne sent pas encore le changement qu’on nous avait promis », se plaint Khady, vendeuse au marché Sandaga. D’autres, en revanche, estiment que le gouvernement a hérité d’une situation ingérable : « Au moins, ils ont eu le courage de dire la vérité », défend Mamadou, chauffeur de taxi.
Une crédibilité en jeu
Au plan international, les agences de notation financière observent avec méfiance. La suspension temporaire des programmes avec le FMI fragilise la position du Sénégal sur les marchés. Toutefois, certains analystes saluent la volonté du gouvernement de ne pas céder à la tutelle extérieure.
Entre austérité et promesse de rupture
Pour Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko, ce moment est un test majeur. Le duo élu sur la promesse d’une gouvernance sobre et transparente doit désormais concilier rigueur budgétaire et attentes sociales immenses.
La crise de la dette n’est donc pas qu’une affaire de chiffres : elle cristallise l’enjeu de la crédibilité politique du nouveau pouvoir et pourrait déterminer la trajectoire économique du Sénégal pour la décennie à venir.

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