Dakar – Le Sénégal vit un moment charnière de son histoire politique. Du 28 mai au 4 juin 2025, le gouvernement de Bassirou Diomaye Faye a réuni partis politiques, organisations de la société civile, syndicats et experts autour d’un dialogue national inédit. Objectif affiché : réformer en profondeur le système politique et redonner confiance à une opinion publique souvent désenchantée.
Une démocratie en quête de souffle
Si le Sénégal est souvent cité comme un modèle démocratique en Afrique de l’Ouest, les dernières années ont révélé de profondes fragilités : contestations électorales, violences préélectorales, défiance à l’égard des institutions, soupçons de manipulation du code électoral. L’élection présidentielle de mars 2024, marquée par la victoire de l’ex-opposant Bassirou Diomaye Faye, a ouvert une nouvelle ère. Mais elle a aussi fait naître des attentes immenses.
C’est dans ce contexte que le chef de l’État a lancé une concertation nationale pour « refonder le contrat démocratique ».
Les principales réformes sur la table
Au terme d’une semaine d’échanges intenses, un rapport a été soumis au président. Il préconise notamment :
• La création d’une Autorité électorale indépendante (CENI), dotée de moyens réels et détachée de l’exécutif ;
• L’inscription automatique des citoyens à leur majorité, afin d’éviter les obstacles administratifs ;
• La révision du système de parrainage électoral, accusé par le passé d’exclure certains candidats ;
• Un encadrement strict du financement des partis et des campagnes, pour limiter les influences occultes.
Ces propositions marquent une volonté d’aligner le Sénégal sur les standards démocratiques internationaux, tout en répondant aux revendications exprimées depuis plusieurs années dans la rue.
Des blocages persistants
Mais le consensus reste partiel. Le statut du chef de l’opposition, le mode de scrutin aux législatives ou encore la place des candidatures indépendantes divisent encore. Par ailleurs, certains acteurs politiques – dont l’ancien parti au pouvoir – ont boycotté les discussions, estimant que les conditions n’étaient pas réunies pour un dialogue inclusif.
Entre espoir et scepticisme
Dans l’opinion, les réactions oscillent entre optimisme prudent et scepticisme. « Pour une fois, on sent que le pouvoir veut vraiment écouter », confie Aïssatou, étudiante en droit à Dakar. Mais d’autres redoutent que le rapport ne soit relégué dans les tiroirs, comme tant de recommandations passées.
Une décision présidentielle attendue
Le dernier mot reviendra au président Faye, qui devra trancher les points restés en suspens. Son choix pourrait sceller son image d’homme de rupture ou, au contraire, alimenter les critiques sur une continuité avec ses prédécesseurs.
Le Sénégal, souvent regardé comme un phare démocratique dans la sous-région, joue ainsi une partie de sa crédibilité. À travers ce dialogue, c’est bien plus qu’un simple code électoral qui est en jeu : c’est la promesse d’un nouveau pacte démocratique entre l’État et ses citoyens.

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